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Canicule : le gouvernement brasse de l’air, les plus fragiles meurent

La communication affligeante du gouvernement depuis le début de la canicule cache mal six années de procrastination climatique. Une inaction mortifère quand on sait que 33 000 décès dans l’Hexagone ont été liés à la chaleur entre 2014 et 2022.

Mickaël Correia
23 août 2023 à 18h42

« Les canicules sont des tueuses silencieuses et invisibles de personnes silencieuses et invisibles », assurait l’été dernier le sociologue américain Eric Klinenberg, spécialiste de l’impact social des vagues de chaleur.

Depuis que la canicule traverse la France, le gouvernement semble avoir élaboré sa communication à partir de cet aphorisme cinglant, en misant que les premiers et premières impacté·es seront « les gens qui ne sont rien ».

Mercredi 23 août, 19 départements étaient en vigilance rouge et 37 autres en orange – soit environ 37 millions de Français·es sous un soleil de plomb. La vague de chaleur continue de s’intensifier et est qualifiée par Météo-France d’« exceptionnelle » dans certaines localités.

La veille, le pays a même enregistré sa température moyenne la plus élevée après un 15 août, depuis le début des relevés. « À l’échelle de la France, c’est la première fois qu’un épisode caniculaire aussi intense est observé aussi tard dans l’été », indique l’organisme météorologique.

En substance, la France suffoque. Encore. Mais face à ce type d’événement climatique extrême qui surviendra deux fois plus souvent d’ici à 2050 selon le Giec, Aurélien Rousseau, ministre de la santé, a asséné sans détour : « On doit s’habituer à vivre avec. »

Taire les inégalités climatiques

Cette déclaration gouvernementale omet cyniquement que les vagues de chaleur causent de nombreux décès. Et que tout le monde n’est pas logé à la même enseigne face au brasier climatique.

D’après Santé publique France, près de 33 000 personnes sont mortes entre 2014 et 2022 dans l’Hexagone à cause de températures hors normes.

Face aux coups de chaleur intenses, les plus vulnérables sont en première ligne. Comme Mediapart l’a démontré dans une récente enquête cartographique sur les inégalités climatiques, les quartiers populaires, et particulièrement les quartiers prioritaires de la politique de la ville – territoires où la part de la population pauvre tourne autour de 40 % –, sont surexposés aux chaleurs extrêmes.

Les personnes non blanches aussi, souvent assignées à vivre dans ces espaces urbains minéralisés, souffrent le plus des températures caniculaires. La Seine-Saint-Denis, département le plus pauvre de l’Hexagone et où les immigré·es représentent près d’un tiers de la population, a été parmi les plus touchés lors de la vague de chaleur de 2003, avec une surmortalité de + 160 %.

Les femmes, enfin, sont également davantage victimes des canicules. Comme l’a révélé une récente étude parue en juillet dans Nature Medicine, le nombre de décès liés à la chaleur en Europe était de 63 % plus élevé chez les femmes que chez les hommes durant l’été 2022.

Qu’importe. Nier la dimension sociale de la crise climatique est devenu depuis la montée du mercure le credo de la communication gouvernementale.

Le ministère des solidarités, sur son visuel officiel, conseille de mettre les personnes sans-abri à l’ombre « si possible ». Un avis à la population et un appel à la responsabilité individuelle qui taisent que le pays dénombre plus de 3 millions de logements vacants.

Quant au président Emmanuel Macron, alors que le Haut Conseil pour le climat avertit depuis deux ans que « les deux tiers de la population française sont déjà fortement ou très fortement exposés au risque climatique », il s’est contenté le 18 août de déclarer un ronflant « Veillons les uns sur les autres ».

Un mois auparavant, il élevait au grade d’officier de la Légion d’honneur Patrick Pouyanné, le patron de TotalEnergies. La multinationale émet pourtant à elle seule autant de gaz à effet de serre que l’ensemble des Français. Son PDG a encore assumé cet été « continuer de produire des énergies fossiles », alors que leur combustion est à l’origine de près de 90 % des émissions mondiales de CO2.

Enfin, dans une France en surchauffe, et alors que près des trois quarts des nappes phréatiques sont sous la normale, Marc Fesneau, ministre de l’agriculture, et Agnès Pannier-Runacher, ministre de la transition énergétique, ont préféré s’émouvoir pour quelques mottes de green arrachées dans un golf poitevin par des manifestant·es estampillé·es Soulèvements de la Terre. Tout en mettant sous le tapis que ce golf se situe en zone d’alerte renforcée sécheresse.

Ce brassage d’air médiatique vise à masquer la procrastination délibérée du gouvernement en matière d’action climatique. Le ministre de l’écologie, Christophe Béchu, s’évertue sans entrain à marteler son plan « canicule » qui se résume à l’envoi de SMS en cas de chaleur ou à inciter à « baisser les stores ».

Le vide politique est tel que la fin de l’impression systématique des tickets de caisse depuis le 1er août a été vantée par ce dernier comme un geste « pionnier en matière d’économie circulaire et de sobriété ».

Mercredi midi, en sortie de conseil des ministres, Élisabeth Borne a appelé à « accélérer sur l’isolation des bâtiments ». Sans plus d’annonce précise. En somme, le seul vert des politiques gouvernementales déployées cet été se niche dans la couleur du numéro « Canicule info service ».

Nouvellement secrétaire d’État chargée de la biodiversité, Sarah El Haïry, tout sourire, assurait le 18 août sans ambages : « La canicule tue, c’est une évidence. » L’inaction aussi.

https://www.mediapart.fr/journal/politique/230823/canicule-le-gouvernement-brasse-de-l-air-les-plus-fragiles-meurent

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